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Paradoxes de la saga DSK

Un ami soulève hors blog un paradoxe à propos de Dominique Strauss Kahn. Ce n’est pas le moindre des paradoxes dans une affaire qui atteint aujourd’hui un sommet de confusion. J’y reviens car cela concerne des choix de société sur lesquels la réflexion ne peut être que progressive, par étapes, allant dans de nombreuses directions.

 


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Le premier paradoxe est l’attitude de Marcela Iacub. Elle a toujours revendiqué le droit individuel à vivre librement la sexualité que l’on souhaite. Ce n’est plus la morale ancienne qui fait loi mais le libre consentement. On s’étonne dès lors qu’il y ait dans ses propos des jugements quasi moralisateurs à l’ancienne. Le seul titre, «Belle et Bête», fait référence à un conte fort joli au final puisque la Bête est dominée et transformée par la Belle - entendez que l’homme, arriéré, est amélioré par la femme civilisée - laissant entendre que la relation DSK-Iacub est de type dominante-dominé. Le conte fait apologie également de la «plasticité» de la femme, capable de coucher avec un être repoussant pourvu qu’il ait de bonne manières. Ce que notre Belle du jour ne prête pas précisément à son bestial amant.

On peut penser qu’elle a voulu aller au-delà des clichés qui ternissent la sexualité et que Dominique Strauss Kahn serait réhabilité, puisqu’elle regrette que celui-ci n’assume pas assez sa part de cochon. Elle défend le cochon. En réalité elle use de mots qui l’enfoncent un peu plus - et c’est le paradoxe Iacubien: «Je voulais créer une théorie de l’amour à partir de ma situation : une nonne qui tombe amoureuse d’un cochon. Une nonne qui se détourne de la grandeur de l’amour divin pour se vautrer dans les ordures». C’est bien la chute de l’ange. Et c’est bien le stéréotype classique: la femme, pure, et l’homme, bestial. Au passage, notons que le cochon ne vit pas naturellement dans les ordures: il y est mis par l’éleveur. Le cochon est naturellement propre - plus propre que Sartre qui ne se lavait pas et puait comme un... sartre.

«Les ordures», c’est un mot précis: c’est le déchet, l’inconsommable, le trop, l’inutile, ce qu’il faut éloigner de soi. Je veux bien qu’à trop jouer les anges les humains finissent par se mentir à eux-mêmes. Mais il y a d’autres voies possibles que de parler de sexualité en terme d’ordure. Que dirait-on si l’on parlait de la sexualité d’une femme sauvage comme d’une ordure ou d’un tas d’immondice? On le sait: le simple mot de «salope», dit maladroitement par un policier canadien et sorti de son contexte, a permis au mouvement de la «marche des salopes» d’exhiber des culs et des seins - de loin pas les plus beaux - dans la rue et d’insulter les hommes sans que l’on puisse y redire sous la menace d’être traité de misogyne.


Le fantôme de Nafissatou
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Au-delà du conte de fée et du modèle de domination féminine, on sait que dans notre société la comparaison avec une bête n’est jamais vraiment flatteuse. Malgré cela elle y est allée, Marcela. Elle a partagé cette bestialité sans vraiment dire non. Il semble que cela lui convenait, et son livre aurait pu s’appeler «Truie et cochon». Pourquoi cracher dans la soupe après coup? Son paradoxe est de prétendre faire oeuvre littéraire - donc neutre moralement, au-delà de la mêlée - alors qu’en réalité tout concourt à raviver le jugement négatif du public par le biais de la sexualité. L’amalgame est fait: sexualité, cochon, homme. Iacub participe à réactualiser le vieux stéréotype misandre qui fait de la sexualité masculine quelque chose de mauvais ou sale - tout en montrant au passage que la femme est volontiers prostituée quand son intérêt est en jeu. La prostituée est-elle à ses yeux l’avenir de la femme? Est-elle consciente qu’elle valide le comportement d’une Nafissatou Diallo vénale, acceptant une grosse somme d’argent contre son honneur et son intégrité - si elle a vraiment été forcée et sur quoi il restera toujours un doute? (suite...)

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