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Séisme de L'Aquila: six ans de prison pour les scientifiques

Les scientifiques de la Commission italienne des risques majeurs viennent d’être condamnés à 6 ans de prison ferme pour homicide par imprudence. Ils étaient poursuivis pour n’avoir pas formulé de recommandation permettant de protéger la population de L’Aquila au centre de l’Italie.


aquila,justice,procès,expert,séisme,yellowstone,californie,big one,En 2009 ce séisme avait causé la mort de 308 habitants et provoqué une destruction de la ville à 80%.

A l’époque une série de secousses, dont une de 4,2, avait alerté les autorités. Etaient-ce les signes précurseurs d’un séisme plus fort ou au contraire des relâches pour évacuer la tension? La Commission des risques majeurs était venue in corpore à L’Aquila pour évaluer la situation. Le 31 mars 2009 les experts sismologues et vulcanologues avaient rendu l’avis  que les éléments en leur possession ne leur permettaient pas de conclure à la possibilité d’un risque majeur. En conséquence ils n’avaient pas jugé utile d’alerter la population et de faire évacuer la région. Six jours plus tard une secousse de 6,3 causait les morts et les destructions que l’on sait.

Des citoyens ont déposé plainte contre les membres de la Commission. Ceux-ci viennent d’être condamnés. Commentaire du procureur qui compare le cas avec le 11 septembre: «Après l'attentat, a-t-il dit, le rapport qui démontrait une analyse insuffisante des risques a conduit à la démission du chef de la CIA et de son adjoint. Cela montre qu'un tel raisonnement existe.»

La Commission a été critiquée pour avoir sous-estimé le risque. 400 secousses en quelques mois, de force croissante, et une émission plus forte de gaz radon, auraient dû les amener à être plus alarmistes, selon le tribunal. D’autant qu’à cette période, «un scientifique couronné de moins de lauriers, Giampaolo Giuliani, avait diffusé sur Internet des messages sur l'éventualité d'un tremblement de terre fin mars dans les Abruzzes. Sa méthode, basée sur l'étude de la concentration du gaz radon 222 libéré par la croûte aquila,justice,procès,expert,séisme,yellowstone,californie,big one,terrestre avant les secousses, a été snobée par les experts. «Un imbécile», avait jugé Guido Bertolaso, alors responsable de la protection civile.»

Mais part des milliers de scientifiques soutiennent les membres de cette commission. Selon eux ni les secousses préalables, ni le radon, n’anticipent avec certitude l’imminence d’un séisme. Aucun moyen ne permet d’en assurer avec précision et certitude la date et l’intensité, ni même s’il aura lieu. Dans ces conditions la décision de faire évacuer une région relève plus de la prévention ou de l’intuition que de la science. Mais faire évacuer des centaines de milliers de personnes est problématique: où, dans quelles conditions, sur quelle durée?

A titre d’exemple le supervolcan du parc de Yellowstone aux Etats-Unis est plus actif depuis quelques années. Mais rien ne laisse prévoir une reprise prochaine d’activité. Par ailleurs tout le monde s’attend à un possible tremblement de terre majeur en Californie, sans pouvoir dire quand, de quelle intensité et à quel endroit précisément, ni si des tremblements mineurs permettront d’éviter le «big one».

Ce procès et son verdict sont surprenants. D’une part les scientifiques ne font que donner des avis dans un domaine où toute prévision reste aléatoire. Ils ne sont pas en charge de décider de l’évacuation ou non des habitants. On peut dire que leur responsabilité est engagée puisque leur avis détermine la position des autorités. Mais dans le domaine de la sismologie aucune certitude ne peut être établie scientifiquement. Le verdict est en ce sens irréaliste.

D’autre part il crée un précédent. Il pourrait décourager les scientifiques à travailler avec les responsables d’un pays et à contribuer activement à la prévention des risques naturels majeurs. Je soulignais hier combien notre société en vient à refuser la mort et cherche des coupables à propos de tout. Ce verdict en est un exemple supplémentaire.

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