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Adam: un contre-modèle d’homme

Il est annoncé comme le premier homme mâle. La légende de la Genèse lui confère un rôle symbolique de modèle car le premier exemple conditionne tous les autres. Cela signifie que nous avons tous une trace d’Adam en nous. Les hommes et mâles bien sûr, mais les femmes également car porteuses elles aussi d’une partie de l’énergie de l’homme.

homme,masculin,force,archétype,adam,bible,dieu,histoire,culture,biologie,différence,paradis,serpent,pomme,ève,récompense,punition,symbole,Nous sommes ici dans les archétypes de comportement. Les vivants sont toujours plus complexes que les archétypes mais ceux-ci sont utiles: ils peuvent inspirer des valeurs ou une attitude. Ma thèse est que ces archétypes se construisent intimement sur un fond biologique, le corps, et le prolongent sur un plan culturel.

L’intérêt de la culture est ici double. Elle sert d’une part à augmenter le patrimoine humain. La part de la reproduction instinctive est ainsi largement complétée par tout ce qui s’acquiert dans l’expérience et la relation au monde. D’autre part elle facilite, accélère la transmission ce cette expérience. Elle est un formidable accélérateur de l’évolution.

La culture est une représentation de soi et du monde. L’image archétypale, le langage, l’art en font partie. Que l’être humain soit le produit d’une évolution biologique n’est pas contradictoire avec la proposition biblique de fixer à un moment l’apparition du premier homme et de la première femme. Ils sont des symboles et nous servent en tant que tels. Adam et Eve signifient qu’à un moment de l’Histoire les humains ont différencié consciemment la femme et l’homme, le bien et le mal, la toute-puissance et la limitation, la loi collective et le désir personnel, la soumission et la transgression.

Beaucoup a déjà été dit sur Eve à qui l’on a fait porter symboliquement le «péché originel», la faute initiale. C’est Adam qui m’intéresse ici. D’abord, en filigrane, la situation d’Eve et Adam au Paradis ressemble au système de la récompense et de la punition. Dans la légende de la Genèse Dieu dit qu’ils peuvent tout avoir sauf le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Leur récompense doit leur suffire: ils ont le droit d’être heureux et éternels, d’avoir la vie facile, de posséder (presque) tout, de vivre dans un endroit d’où le combat et la peine sont absents. La punition encourrue en cas de transgression c’est la peine, la sueur, les larmes, le travail, le conflit, la mort. Schéma classique reproduisant la relation entre parents et enfants.

Or un tiers, le serpent, suggère à Eve de manger de ce fruit défendu, avec toute la homme,masculin,force,archétype,adam,bible,dieu,histoire,culture,biologie,différence,paradis,serpent,pomme,ève,récompense,punition,symbole,séduction hypnotique dont il est doté. Eve incite alors Adam à manger ce fruit avec elle. Ils transgressent l’interdit et croquent la pomme. Que n’ont-ils pas fait! Dieu voit qu’il manque un fruit et constate que le trognon traîne au sol. Adam et Eve, craignant soudain le divin courroux, se cachent. Dieu appel Adam:

- Adam, où es-tu?

Adam reste caché, nu, et subit au final la punition divine avec Eve: ils sont chassés de l’Eden et entrent dans le monde de la souffrance, de la finitude, donc de la différenciation et de la séparation.

On peut tirer de nombreuses significations de cette légende et de ses symboles. Si je m’attache à Adam je relève deux comportements:

- celui de l’homme séduit, qui dans la séduction dont il est l'objet oublie sa propre préservation et suit l’appel du large sans plus réfléchir aux conséquences de ses actes;

- celui de l’homme lâche, qui se cache plutôt que d’assumer, qui se défausse de sa responsabilité sur Eve.

Si la non-réflexion sur les conséquences de ses actes n’est qu’une erreur - et après tout l’on apprend beaucoup de ses erreurs - la lâcheté et l’irresponsabilité revendiquée sont des fautes morales. (Paradoxalement c’est peut-être grâce à la faute que la morale émerge à la conscience).

Cet homme Adam est donc initialement un hédoniste inconscient de son bonheur, puis un être irréfléchi perdant son propre cap devant la séduction (la séduction n’étant pas simplement féminine: l’argent séduit, une théorie peut séduire), et au final un lâche.

homme,masculin,force,archétype,adam,bible,dieu,histoire,culture,biologie,différence,paradis,serpent,pomme,ève,récompense,punition,symbole,Adam est l’antithèse de ce que l’on a ensuite demandé à l’homme mâle: d’être réfléchi, de garder sa ligne quand il fait un choix (l’engagement), d’anticiper, d’être courageux. L’image initiale de l’homme est donc une image négative sur laquelle, par réaction opposée, on a construit une image positive. Mais l’image négative n’est jamais loin, elle est comme une trace initiale que les hommes portent en eux. Peut-être est-ce bien de là, de ce modèle négatif, que nous venons.

Ainsi l’homme, dont on attend force, sagesse, solidité, est-il aussi fait de fragilité, de faiblesse, d’incertitude - des qualités perçues comme négatives et qui ne sont pas appréciées socialement. Il est possible que ces qualités négatives n’auraient jamais permis à l’espèce humaine de se répandre si elles n’avaient pas été compensées par leur contre-face positive. La force, qu’elle soit physique ou de caractère, est donc constitutive de l’identité de l’homme mâle et induit des comportements spécifiques aux hommes.

Mais la distribution des rôles n’est pas absolue et notre époque y apporte une intéressante souplesse qui décloisonne les anciennes rigidités culturelles et relationnelles. Toutefois je reste persuadé que les archétypes avaient un rôle utile et que ce rôle n’est pas éteint par l’époque moderne. Il semble même nécessaire, alors que beaucoup est fait sur le féminin, de retravailler et réintégrer en partie l’énergie de l’homme.

Dans cet objectif j’ai décidé de proposer un travail spécifique sur l’énergie de l’homme. Je le propose sous forme d’un stage dont je verrai s’il trouve un public. L’idée étant assez importante à mon sens je proposerai ultérieurement d’autres dates au cas où celles-ci ne conviendraient pas. Ce travail est destiné aux hommes mais aussi aux femmes, car elles portent une partie de l’énergie de l’homme en elles et parce que leur regard et leur attente contribue à «faire» l’homme. Idéalement il faudrait une dizaine de participants, dont au moins la moitié d’hommes.

Des détails sur ce stage sont disponibles ici.

 

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