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Prier le singe

Victoria Grant a 12 ans. C’est une variante de l’enfant roi. Elle parle d’économie aux grands. Elle est supposée démontrer que si un enfant de 12 ans comprend le fonctionnement des banques et de leurs arnaques, tout le monde doit pouvoir le faire.

 

victoria grant,canada,singe,savant,idolâtrie,télévision,économie,dette,banque,enfant,On lui construit une légende. En Amérique du Nord la pratique est courante. Les enfants sont utilisés dans le show biz et la publicité. Pourquoi les enfants? Parce que des adultes savent exploiter le mythe de l’innocence et l’émotion. Comment ne pas être ému et laisser tomber toute réflexion critique quand un enfant parle d’autorité? Ne dit-on pas que la vérité sort de leur bouche? Mais ici on assiste à un show. Victoria Grant répète une leçon apprise par coeur. Et elle la dit devant des adultes. Elle a été visiblement été coachée pour cela. 

Victoria développe pendant environ six minutes une analyse du système de la dette du Canada et donne une leçon de morale. Elle a vu les causes et elle a la solution! Faut-il que les adultes s’estiment nuls pour prendre conseil auprès d’une enfant de 12 ans qui n’a aucune expérience de vie et récite de manière monotone et un peu mécanique son évangile.

J’ai entendu parler de Victoria Grant pour la première fois samedi. On m’a dit qu’elle parlait aux banquiers sans même avoir besoin d’un papier pour lire son discours. Je suis donc allé voir sa prestation sur le net. Et je me suis demandé ce qu’elle avait de particulier, à part d’avoir été préparée en amont. Victoria n’improvise pas, elle récite. Cela se voit et s’entend rapidement: l’immobilité du corps tranche avec le contenu du discours. De tels propos où elle déclare que les banques mentent et escroquent le pays avec la complicité du gouvernement devraient animer les bras, le torse et la tête. Un enfant ressent, a des émotions et les exprimes par la bouche et le regard, puis par le corps. Ici rien: elle reste figée comme une élève qui déclame une poésie.

Le regard est peu expressif, fixé de manière prolongée et régulière sur un même point. Dans le langage du corps c’est le signe du besoin d’un appui pour garder son fil et ne pas oublier son texte. La voix répète un même éventail restreint d’intonations. Peu de variation, peu d’émotion de conviction. La voix est cependant forte, dans un débit assez constant qui montre que cela a été travaillé et répété. A un moment elle hésite sur un mot et se reprend, exactement comme dans une récitation scolaire.


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Victoria fait sensation à cause de son âge. Mais on lui attribue une compétence qui ne me semble pas évidente. Répéter un texte appris n’est pas significatif. Elle reconnaît dans une interview avoir repris les thèmes de son père. Elle n’enseigne pas, elle répète. 

Cela relativise le show du singe savant. Les louanges qui lui sont adressées survalorisent une prestation convenue. Et c’est bien le problème.


Suite.

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