Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

A quoi sert l’Etat (4): le modèle américain

La force du courant conservateur aux Etats-Unis est dans la logique même de l’impulsion qui a érigé cette terre d’émigration en nation: le pays s’est construit sur la force et la volonté d’individus indépendants. Cette condition initiale continue à prévaloir, même dans l’aile libérale de la population (qui signifie la gauche aux USA) incarnée par les démocrates.

état,libéralisme,amérique,collectivisme,individu,léiberté,gouvernement,general motors,etats-unis,monglos,afghanistan,islam,colonialisme,france,g.i.,romney,ryan,europe,mélenchon,démocratie,On s’en étonne parfois dans l’Europe pétrie d’Etat providence, de législation égalitariste et d’interventionnisme d’Etat. Comment vouloir faire reculer l’Etat alors que l’absence de régulation - donc d’Etat - produit des comportements à hauts risques, comme la finance l’a montré? Le recul de l’Etat est toutefois relatif: le gouvernement a soutenu General Motors à hauteur de 50 milliards de dollars en 2009, sauvant l’entreprise et des milliers d’emploi. La philosophie politique libérale est plus pragmatique qu’on ne l’imagine.

Les critiques récurrentes à l’égard des Etats-Unis visent d’ailleurs moins leur culte de la liberté individuelle que leur hégémonie militaire, économique et culturelle sur le monde. A ce sujet pourtant, l’Europe et en particulier les anciennes nations coloniales n’ont pas de leçon à donner aux américains. Les pays musulmans, grands colonisateurs, non plus.

La guerre n’a pas attendu les G.I.’s pour régler les affaires du monde. Les Mongols du XIIe siècle ont massacré presque toutes les populations entre leur pays d’origine et l’Europe de l’Est. L’Afghanistan fut bouddhiste pendant des siècles avant d’être colonisé culturellement et religieusement par l’islam. Plus loin encore les Assyriens dominaient avec violence des populations dont le seul tort étaient d’être à portée de leurs armées. Les grecs d’Alexandre, les Romains, les Ottomans, et bien d’autres, ont tous à leur manière été se servir ailleurs et tirer profit d’économies indigènes.

La guerre n’est donc pas l’apanage des américains. La liberté et l’initiative individuelles beaucoup plus. J’ai relevé une phrase du co-listier du candidat Mitt Romney, le très conservateur Paul Ryan: «Nous promettons à tous les mêmes opportunités, mais pas les mêmes résultats.» Elle mérite que l’on s’y arrête car elle recèle un fondement de la manière dont l’Amérique se définit et se perçoit. L’individu, son initiative, son énergie, sa liberté son la référence de base. Le gouvernement n’est que la part collective que les individus ne peuvent accomplir ou remplir eux-mêmes.

C’est ainsi partout, pourrait-on dire. Non. Aux Etats-Unis la liberté individuelle est un principe presque sacré. «Nous promettons à tous les mêmes opportunités». On pourrait traduire cela, paraphrasant la Genèse, en: «Au commencement était l’égalité». L’égalité des droits et des chances. Aujourd’hui ce n’est plus tout-à-fait le cas: les fils de familles riches sont plus souvent au pouvoir que ceux des familles pauvres. Mais un enfant de famille pauvre peut créer son job et s’il bosse et réussit à se développer, prendre une place confortable dans la société.

«... mais pas les mêmes résultats»: ce qui veut dire que si chacun a sa chance le système ne lui garantit pas le succès. A chacun selon ses talents et sa volonté. On demande àétat,libéralisme,amérique,collectivisme,individu,léiberté,gouvernement,general motors,etats-unis,monglos,afghanistan,islam,colonialisme,france,g.i.,romney,ryan,europe,mélenchon,démocratie, chacun de faire ses preuves. Un résultat ne peut être garanti: il se mérite. Cette notion est profondément inscrite dans la philosophie de cette nation. Par exemple la parité, dont je parlais récemment en terme de société de contrainte. En Europe on fait des lois sur la parité des sexes dans les conseils d’administration ou dans les listes politiques. C’est une manière de garantir le résultat que l’on ne trouve pas aux USA.

L’individu est au centre de la conception politique américaine de la démocratie. L’Etat doit prendre le moins de décisions en son nom. Cette vision très individualiste et très affirmée irrite en Europe, qui ne s’est pas encore totalement débarrassée des fantômes collectivistes. Pourtant l’individu y est partout. Le mariage par consentement individuel consacre l’individu et sa propre volonté et décision. La fin d’un représentant unique de l’entité familiale en est une autre consécration. Tous les contrats sont des actes individuels. Tout se fait en Europe au nom de l’individu.

Jean-Luc Mélenchon proposait d’ailleurs dans son programme que les employés des entreprises puissent disposer d’un droit de vote pour faire barrage aux orientations de la direction, au nom de la liberté de l’individu (dans l’idée qu’il puisse décider par lui-même de sa vie économique). Ce qui est en contradiction avec le fait que la liberté d’entreprendre est elle aussi une consécration de la liberté de l’individu et de son pouvoir de décider de lui-même.

Je pense que l’Etat doit cependant remplir certaines fonctions. Le soutien aux membres d’une communauté qui sont dans le besoin pourrait n’émarger que de groupes privés. Mais la grande individualisation de nos sociétés restreint cet élan. Il me paraît donc opportun que l’Etat prenne cela en charge, au moins partiellement.

D’autre part l’Etat doit garder un rôle d’arbitrage. La justice est de son ressort: il doit donc l’assumer pleinement et prendre une place dans les relations sociales, en particulier entre l’économie et le monde du travail. Les deux mondes sont très interconnectés, parfois pour le meilleurs, parfois pour le pire en cas de crise. L’Etat doit garder un rôle de modérateur dans ces relations parfois difficiles. Le Droit du travail en est un aspect. Le soutien fiscal ou financier peut en être un autres dans certaines conditions.

La démocratie doit trouver un certain équilibre entre la primauté du choix individuel, qui est un marqueur fondamental de la liberté, et la gestion de ce qui est utile à tous. Le modèle américain, avec ses excès et ses points faibles, semble toujours d’actualité dans un monde où l’individu n’est plus simplement le produit de la masse, du groupe ou d’une communauté, mais aussi de sa propre détermination. Les critiques contre la philosophie libérale sont de peu de poids face à la puissance de la liberté de décider de sa vie.



Précédents billets:

http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/04/30/a-quoi-sert-l-etat.html


http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/01/demarcation-gauche-droite-lache-toi-et-pleure.html


http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/04/l-etat-et-la-cohesion-de-la-collectivite-3.html

Les commentaires sont fermés.