Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Un homme heureux

Parfois je navigue sur le net comme je marcherais dans un bois: sans trop savoir où je vais. Je me laisse porter par les mots, les liens, les images. De fil en aiguille des idées plus précises me viennent. C’est ainsi que je suis arrivé dans la clairière paisible des mots de cette chanson connue, dans une version moins entendue.

 

bleu1.jpgChanson qui parle par sa simplicité. Droit à l’essentiel:

On pourrait se faire sans que ça gène
De la place pour deux
Mais si ça ne vaut pas la peine
Que j'y revienne
Il faut me le dire au fond des yeux


Des paroles qui parlent de la place que l’on a, ou pas, pour quelqu’un d’autre: un amour, un ami, un frère ou une soeur. Cette place que l’on trouve ou non. Que l’on cherche parfois loin, pendant des années, dans des quêtes que l’on voudrait grandioses ou des oeuvres qui devraient faire avancer l’humanité. Dans des combats justes ou incertains, ou terribles. Que le combat soit juste ou non, la justice n’est pas une maison - un lieu de bonheur. Mais la place que l’on a pour quelqu’un en est une. Ou la place que quelqu’un a pour soi.


Les paroles continuent:

Quelque soit le temps que ça prenne
Quelque soit l'enjeu
Je veux être Un Homme Heureux


Qu’est-ce donc, le bonheur? Quelle est cette sorte de chimère, fabriquée de pièces multiples, croisement de paradis et d’errance - car sans errance comment saurait-on ce qu’est le bonheur?

Et puis, peut-on être heureux seul? Je pose la question autrement: est-ce bien utile d’être heureux seul? Oui, si l’on pense - et je le pense aussi - que le bonheur ne vient pas de l’extérieur mais de sa propre disposition naturelle ou cultivée a prendre les choses avec toujours un sourire bleu2.JPGintérieur. Mais, non, si l’on aime partager. C’est important d’avoir quelqu’un, un ami, un amour, un frère ou une soeur à qui dire les beautés que l’on voit, les chants qui éclosent en nous. Cela socialise les moments de bonheur et contribue à les ancrer en soi.


Le bonheur se perçoit sans pouvoir être vraiment défini. Il appartient à chacun comme la respiration appartient à chacun. Je ne crois pas qu’il y ait une voie unique vers le bonheur. Je ne suis même pas certain que ce mot ait du sens pour tout le monde.

Dans le temps, on travaillait, on vivait, on mourrait. Aujourd’hui on veut en plus se réaliser et être heureux. La barre est placée haut. Je lisais même il y a quelques jours qu’un très officiel indice du bonheur national vient d’être créé. L’idée n’est pas nouvelle mais elle figurera désormais aux côtés d’indices économiques. Cet indice est fondé en partie sur des enquêtes de satisfaction. Est-ce bien raisonnable d’assimiler le bonheur à une satisfaction, vu le caractère inévitablement temporaire et relative de toute satisfaction? Par exemple, au Sahara, un filet d’eau est un trésor. En Europe un filet d’eau c’est un putain de robinet qui est encore une fois bouché. La satisfaction est très relative... Et est-ce raisonnable d’assigner à des offices gouvernementaux le soin de comptabiliser notre bonheur?

Cette comptabilité est personnelle. Elle est de soi à soi. J’ai connu des bonheurs, et des non-bonheurs. De grandes batailles et de grandes paix. Je n’ai pas atteint un état de bonheur permanent. Devrais-je? Le bonheur doit-il vraiment être un objectif important de la suite de ma vie?

J’aimerais dire oui, tant la mémoire des bonheurs donne envie d’y goûter toujours. J’aimerais dire non, pour ne pas être déstabilisé quand le bonheur s’en va voir sur le parking d’à côté.

Il faut dire que parfois j’oublie d’être heureux. Parfois je scrute l’ombre de la vie et j’en oublie sa lumière. Peut-être parce que l’humain est fait de ces deux espaces, celui du difficile et celui du paisible. Et qu’entre les deux son coeur balance.

 

Place à William Sheller dans cette version moins connue:


 

Le diable en été

CouvDiable.jpg

Les commentaires sont fermés.